Illustration de l'affaire de Thorel et des esprits frappeurs du presbytère de Cideville (Seine-Maritime)

Le récit

Hiver 1850, au cœur du pays de Caux. Au presbytère de Cideville, l’abbé Tinel héberge deux jeunes élèves. Un soir de novembre, des coups retentissent dans les murs. Puis les phénomènes s’enchaînent : objets qui se déplacent seuls, pierres qui volent comme lancées par des mains invisibles, gémissements dans la nuit.

Au village, un nom circule vite : celui de Thorel, un berger que l’on dit doué de pouvoirs. On raconte qu’il en voudrait au curé. Pour briser le maléfice, un habitant du presbytère arme ses amis de longues pointes de fer. Ils frappent l’air dans l’obscurité. Des étincelles jaillissent. À chaque coup, une voix gémit : « Pardon, pardon ! » Elle semble venir de Thorel, pourtant invisible.

Le lendemain, Thorel se présente au presbytère, le visage couvert d’égratignures qu’il tente de cacher sous son chapeau. Il se jette aux pieds du curé pour implorer son pardon. L’abbé le chasse de trois coups de canne.

L’affaire ne s’arrête pas là. Humilié, Thorel porte plainte. Devant le juge de paix d’Yerville, les témoins se succèdent et racontent des choses étranges : des prédictions qui se réalisent en vingt minutes, des cailloux qui s’arrêtent net avant de toucher des promeneurs, un homme qui s’effondre, comme étranglé par une force invisible, après une menace du berger.

Ce que disent les archives

  • Une affaire judiciaire bien réelle. L’affaire de Cideville est l’un des cas de « maison hantée » les mieux documentés du XIXe siècle, parce qu’elle a donné lieu à un procès dont les pièces ont été conservées. Les coups commencent le 26 novembre 1850, et les audiences publiques s’ouvrent le 7 janvier 1851.
  • C’est Thorel qui attaque. Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas le berger qui a été jugé pour sorcellerie. C’est lui qui a poursuivi l’abbé Tinel pour diffamation, et pour les coups reçus le jour où il était venu demander pardon.
  • Un verdict prudent. Le 15 février 1851, le juge de paix d’Yerville déboute Thorel et le condamne aux frais. Il estime que les coups de l’abbé relevaient de la légitime défense, et que la cause des phénomènes restait inconnue. La justice ne s’est donc pas prononcée sur la sorcellerie.
  • Deux enfants au cœur de l’affaire. Les phénomènes se concentraient autour des deux élèves de l’abbé, Gustave Lemonnier, 12 ans, et un garçon nommé Bunel, 14 ans. Comme dans de nombreux cas de « poltergeist », ce sont des adolescents qui se trouvaient au centre des manifestations.
  • Un cas étudié jusqu’en Angleterre. L’écrivain Andrew Lang a publié une étude de l’affaire en 1903-1904, dans les comptes rendus de la Society for Psychical Research, à partir des documents judiciaires.

Sur place

Cideville est un petit village de Seine-Maritime, près d’Yerville, au cœur du pays de Caux. Si vous passez par le village, gardez à l’esprit que le presbytère est une habitation : admirez-le de l’extérieur. Et si un caillou tombe à vos pieds sans raison apparente… ne cherchez pas le berger.

Sources

Q Sources

  • En 1850, le Curé de Cideville a été victime de phénomènes surnaturels suite à une malédiction lancée par un sorcier en représailles. De nombreux témoins ont attesté de ces événements étranges, provoquant une grande agitation dans la région normande. L'abbé Alexandre a relaté cette affaire dans son livre "Le Horsain", basé sur des faits avérés attestés par plus de 20 témoins sous serment. > L'affaire Thorel

  • L'affaire de Cideville a eu lieu au XIXe siècle et met en scène le berger Thorel, impliqué dans des séances de spiritisme avec Eude de Mirville et l'Abbé Finel. Ces documents historiques témoignent des pratiques liées au spiritisme à cette époque et de leur impact sur les personnes impliquées. > documents relatifs à Eude de Mirville, l'Abbé Finel, le berger
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