À Abbeville, dans la collégiale Saint-Vulfran, on pouvait autrefois admirer une curiosité étonnante : un lézard empaillé de près d’un mètre cinquante. Pour beaucoup, c’était un ex-voto, offert en remerciement d’une grâce. Mais les anciens en savaient davantage.
La nuit venue, disaient-ils, le lézard reprenait vie. Il rongeait la cire des cierges et buvait l’huile des veilleuses. Pour preuve, il suffisait de suivre au matin les taches grasses qu’il laissait derrière lui sur les dalles.
Et il ne travaillait pas seul. Il avait un complice : un énorme crapaud. Certaines nuits de l’année, le crapaud se gonflait jusqu’à soulever les dalles du cimetière, et le lézard se glissait dans les tombes. Le duo s’en prenait aussi aux étals des bouchers, d’où il emportait de la viande.
Le lézard a disparu en 1940, dans les bombardements qui frappèrent la ville. Mais son histoire, elle, a survécu.
La collégiale Saint-Vulfran domine le centre d’Abbeville, dans la Somme. Admirez sa façade flamboyante, puis entrez : le lézard n’y est plus, mais l’ombre des cierges vacille toujours sur les dalles. Ne vous étonnez pas trop si vous y trouvez une tache de cire.