Clovis découvrant les fleurs de lys devant l'ermitage, près de Marly

Le récit

Il y a quinze siècles, la forêt de Marly portait un autre nom : la forêt de Cruye. Plus dense, plus sombre, elle abritait un ermite qui vivait seul près d’une source, dans un vallon que l’on appellera plus tard Joye-en-Val. On venait de loin chercher ses conseils. Parmi ses visiteurs : la reine Clotilde, et son époux Clovis, roi des Francs, tout juste baptisé.

Le roi portait encore sur son écu un emblème bien peu chrétien : trois crapauds d’or sur fond noir. Des bêtes de mare et de nuit, pour un souverain qui venait de jurer fidélité au Dieu des chrétiens.

Un jour, alors que l’ermite et la reine priaient, la clairière changea. Au bord de la source, des lys jaillirent de terre, d’un or si vif qu’il semblait venir d’ailleurs. On raconte qu’un ange se tenait là, portant un bouclier d’azur frappé de trois fleurs de lys, et qu’il ordonna de le remettre au roi. Clovis comprit le message. Les crapauds disparurent de ses armes ; les lys les remplacèrent. Pendant mille ans, ils allaient rester le symbole des rois de France.

La source, elle, garda le souvenir du prodige : on l’appela la fontaine des Lys.

Ce que disent les archives

  • Une légende du XIVe siècle. Le récit n’a rien de mérovingien. Il se répand sous Charles V et offre à la monarchie une origine tombée du ciel. Il servait aussi à expliquer le cri de guerre des rois, « Montjoie ! », du nom du château qui se dressait tout près.
  • Clovis n’a jamais eu de blason. Les armoiries n’apparaissent qu’au XIIe siècle. Les lys d’or sur fond d’azur deviennent les armes de France sous Louis VII, et Charles V réduit leur nombre à trois, en référence à la Trinité.
  • Les crapauds aussi sont une invention. Les héraldistes de la Renaissance attribuaient ces armes à Pharamond, roi franc légendaire. D’autres auteurs parlent de croissants, voire d’abeilles.
  • Une abbaye sur le lieu du miracle. En 1224, Barthélemy de Roye, chambellan de Philippe Auguste, fonde ici l’abbaye de Joyenval, confiée aux chanoines prémontrés. Ceux-ci affirmaient que l’oriflamme royale y avait été conservée. Incendiée en 1346 pendant la guerre de Cent Ans, l’abbaye est détruite à la Révolution.

Sur place

Les vestiges de l’église abbatiale, classés monument historique en 1989, se trouvent aujourd’hui sur le golf de Joyenval, à Chambourcy, à quelques kilomètres de Marly-le-Roi. C’est un club privé : on ne les visite pas librement. La forêt de Marly, elle, se parcourt sans restriction. Ses allées gardent peut-être encore le secret de la fontaine des Lys.

Sources

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