Paris a ses fantômes, et le plus illustre a de quoi être rancunier. Jacques de Molay, dernier grand maître de l’ordre du Temple, fut brûlé vif en 1314 à la pointe de l’île de la Cité, là où s’étend aujourd’hui le square du Vert-Galant. On dit que son spectre hante encore la place Dauphine et le Pont-Neuf. Mais il est loin d’être seul.
Au musée de Cluny, dans la pénombre des salles, se tiendrait un vieillard squelettique. Il attend près des anciens instruments de torture et apparaît de préférence aux visiteurs solitaires, surtout aux dames. Visage émacié, regard perçant : ceux qui l’ont croisé disent qu’il glace le sang des plus braves.
Et au cimetière du Père-Lachaise, par les nuits d’hiver, il arrive qu’un caveau se mette à miauler. Un miaulement lamentable s’élève entre les tombes, puis un chat rouge gigantesque surgit et s’étire sur « cent coudées ». Ses yeux brillent, son pelage semble luire. Il bondit au-dessus des sépultures, et l’on sent passer un souffle glacé. On murmure que c’est l’âme d’un matou de bonne famille, à qui l’on a refusé une sépulture digne de son rang.
Un templier, un vieillard et un chat : la capitale ne fait pas de tri chez ses revenants.
Le parcours se fait facilement à pied : la place Dauphine, le square du Vert-Galant et la plaque de Molay sur l’île de la Cité, puis le musée de Cluny sur la rive gauche. Le Père-Lachaise demande un trajet en métro. Le cimetière ferme à la tombée de la nuit, ce qui laisse peu de chances de croiser le chat.