Une fois l’an, le dimanche des Rameaux, le rocher de Saint-Roman s’ouvrait. Toujours au même instant : celui où le prêtre du village bénissait les vents sur la place. Les gens du pays attendaient ce jour avec un mélange d’impatience et de crainte.
Une année, une mère et sa fille passèrent devant le rocher béant. Elles ramassaient du bois mort. La fillette s’approcha de l’ouverture et vit, au fond, un tas de pièces d’or qui brillait dans l’ombre. Elle entra et tendit la main. À peine eut-elle touché l’or que le rocher se referma sur elle.
Affolée, la mère courut jusqu’à la paroisse voisine de Laurie pour trouver le curé. Celui-ci l’écouta jusqu’au bout et lui donna ce conseil : « Attendez le prochain jour des Rameaux, et apportez une bonne somme d’argent. Offrez-la, pour que votre fille soit nourrie et entretenue pendant son année de captivité. »
L’année passa. Le jour des Rameaux, tout le village se rassembla devant le rocher. Le prêtre commença ses bénédictions, et la pierre se mit à frémir et à se fendre.
C’est alors que s’avança un gaillard qu’on appelait Poil-Sec, célèbre pour sa force. Il voulut forcer le passage à coups de pioche. Il frappa toute la journée, mais la montagne ne céda pas. À la nuit, épuisé, il rentra se reposer en promettant de revenir à l’aube.
Au matin, les villageois retrouvèrent le rocher intact, sans la moindre trace de pioche. La fillette ne revint jamais.
Laurie est un petit village du Cantal, aux confins du Cézallier, entre plateaux d’altitude et vallons encaissés. Les rochers n’y manquent pas. Si l’un d’eux s’entrouvre le dimanche des Rameaux, mieux vaut regarder sans toucher.