La procession des morts sort de l'église Saint-Géraud d'Aurillac, menée par la Mort vers le cimetière, sous la lune

Le récit

À Aurillac, la nuit du jour des morts n’est pas une nuit comme les autres. Quand sonne le douzième coup de minuit, le porche de l’église Saint-Géraud s’ouvre sur une étrange procession. Un à un, en silence, sortent les spectres de tous ceux qui mourront dans l’année. Ils marchent d’un pas lent jusqu’au cimetière. Là, les attend la Mort en personne, un squelette qui les prend par la main et les mène en dansant jusqu’à leur future tombe.

Un jeune homme voulut un jour vérifier ce que racontaient les anciens. Caché dans l’ombre, il regarda défiler les âmes… et reconnut parmi elles sa propre silhouette. Il perdit la raison sur-le-champ, et mourut peu de temps après.

Le rocher Saint-Étienne, qui domine la ville, a lui aussi ses fantômes. Au pied du rocher, on aurait mis au jour en 1620 un ancien cimetière. La veille de la Toussaint, les âmes des enfants morts sans baptême viendraient s’y rassembler pour pleurer et réclamer des prières. D’autres témoins parlent de prêtres en chapes noires, le crâne blanchi et les orbites vides, qui déterrent des squelettes en chantant dans une langue que plus personne ne comprend.

Ce que disent les archives

  • Une ville née d’une abbaye. Aurillac doit son nom à Aureliacum, le domaine d’un Gallo-Romain nommé Aurélius. Le comte Géraud, né au château Saint-Étienne vers 855, y fonde à la fin du IXe siècle une abbaye bénédictine. Son tombeau, réputé miraculeux, attire alors de nombreux pèlerins.
  • Une église plusieurs fois rebâtie. L’église abbatiale est consacrée en 972. Reconstruite au XIe siècle, largement remaniée au XVe, elle est saccagée par les protestants en 1569, avec la bibliothèque de l’abbaye.
  • Un élève sulfureux. Gerbert d’Aurillac, formé à l’abbaye Saint-Géraud, devient pape le 2 avril 999 sous le nom de Sylvestre II. Savant hors norme, il fut soupçonné après sa mort d’avoir pactisé avec le diable : une miniature du XIVe siècle le montre rendant hommage au démon.
  • Des croyances partagées. La procession des morts de l’année se retrouve dans de nombreuses régions, de la Bretagne à l’Auvergne. Les âmes errantes des enfants morts sans baptême renvoient à une angoisse ancienne : privés de sacrement, ils ne pouvaient, selon la croyance populaire, trouver le repos.
  • À vérifier. Nous n’avons trouvé aucune source en ligne sur la découverte d’un cimetière en 1620 au pied du rocher. Si vous en connaissez une, écrivez-nous.

Sur place

L’église Saint-Géraud se dresse au cœur de la vieille ville. Montez ensuite au château Saint-Étienne, sur son rocher : son donjon carré remonte au XIIe siècle, et le château abrite aujourd’hui le Muséum des volcans. Mais le soir du 2 novembre, évitez peut-être de vous attarder devant le porche de l’église…

Sources

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