Le seigneur Archambaud et la meunière près du moulin, au bord de l'Allier, sous la lune

Le récit

Il y a plus de mille ans, la rive droite de l’Allier n’était qu’une forêt épaisse, la forêt de Moladier. Un sire de Bourbon nommé Archambaud y chassait un jour avec son escorte. La traque l’entraîna loin des siens. Quand il releva la tête, il était seul, au bord de la rivière, et le jour tombait.

Un passeur l’aida à franchir les eaux. De l’autre côté, la nuit acheva de l’engloutir. Égaré, transi, le seigneur aperçut enfin une lueur : celle d’un moulin, posé au bord d’un étang dormant que l’on appelait Bréchimbault. On lui ouvrit. Et la porte fut tenue par la meunière.

Elle était jeune, et d’une beauté qui fit oublier au chasseur la fatigue et le froid. Archambaud repartit au matin. Mais il revint. Puis revint encore, chaque fois que le meunier s’absentait. Pour ne plus dépendre du hasard, il fit bâtir à deux pas du moulin un rendez-vous de chasse. On y vit souvent la lumière brûler tard.

Le pavillon devint château. Autour du château se serrèrent des maisons, puis des rues, puis une ville. Et cette ville garda le nom de ce qui avait tout commencé : Moulins.

Ce que disent les archives

  • Une ville attestée dès 990. Moulins apparaît pour la première fois dans un acte de vente de cette année-là, qui mentionne une chapelle « in villa Molinis ».
  • Un nom à double lecture. Les historiens le rattachent aux nombreux moulins de la région : à vent sur les hauteurs, à eau sur les ruisseaux, et même sur bateaux dans l’Allier. La légende, elle, préfère la meunière.
  • Des Archambaud bien réels. Les sires de Bourbon portent ce prénom de génération en génération. C’est Archambaud VI qui accorde à la ville sa charte de franchises en 1232. La légende, elle, ne dit pas lequel s’est égaré.
  • Une capitale ducale. Le Bourbonnais devient duché en 1327, et les ducs font construire leur château de Moulins vers 1340. Louis II de Bourbon y installe la chambre des comptes en 1376 : la ville devient la capitale de la province.
  • La Mal-Coiffée. Le donjon carré du château, haut de 45 mètres, date du XIVe siècle. Il doit son surnom à sa toiture jugée bien peu gracieuse.
  • L’étang a bien existé. Le théâtre municipal, ouvert en 1847, a été bâti sur l’ancien étang Bréchimbault. Le terrain marécageux a donné du fil à retordre aux bâtisseurs : des fissures sont apparues dès 1845, et il a fallu reprendre les fondations.

Sur place

Commencez par la Mal-Coiffée, au cœur de la vieille ville : c’est le dernier témoin du château des ducs. Rejoignez ensuite le théâtre municipal, rue Candie, au bout du cours Jean-Jaurès. Sous la salle à l’italienne dorment les eaux de l’étang Bréchimbault, là où, dit-on, tournait autrefois la roue d’un certain moulin.

Sources

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