Illustration de la légende de la Vierge fugueuse et des sept ans de malheur, à Agonges (Allier)

Le récit

Au cœur du Bourbonnais, l’église d’Agonges abritait autrefois une Vierge vénérée de tous. Un jour, on voulut la remplacer par une statue plus neuve, plus belle. On installa la nouvelle. Le lendemain matin, stupeur : la nouvelle Vierge gisait sur le sol de l’église, et l’ancienne avait repris sa place.

Le sacristain, furieux, saisit la vieille statue, la fouetta et l’enferma sous clé. Peu après, elle disparut. On la retrouva perchée sur un ormeau, à l’entrée du village. L’écorce de l’arbre était maculée de traces de sang, et à son pied jaillissait une source, formée, disait-on, des larmes de Marie.

L’ormeau devint sacré : quiconque en coupait une branche mourait dans l’année. On ramena la statue à l’église. Elle s’enfuit de nouveau. Alors le malheur s’abattit sur le pays. Pendant sept ans, les terres restèrent stériles, les bêtes avortèrent, et plus aucun enfant ne naquit. Il fallut un berger pour retrouver la Vierge, cachée dans la forêt, au lieu-dit Chazeuil, à une vingtaine de kilomètres de là.

On lui bâtit une chapelle, Notre-Dame-de-la-Ronde. Les paroissiens d’Agonges y montèrent en pèlerinage, pieds nus et à jeun, pour implorer son pardon. Les malheurs cessèrent. Jusqu’à la Révolution, les fidèles d’Agonges refirent ce chemin chaque année, et dans le silence du matin résonnait le même cri : « Fouetteurs de la Bonne Dame ! Fouetteux de la Vierge ! »

Ce que disent les archives

  • Une église de carrefour. L’église Notre-Dame d’Agonges, inscrite monument historique, date de la fin du XIIe et du début du XIIIe siècle. Romane par son plan et ses portails, elle annonce déjà le gothique par la voûte de sa nef. Située au carrefour de trois anciens diocèses, elle mêle des influences bourguignonnes, auvergnates et berrichonnes.
  • Des chapiteaux à regarder de près. Feuillages entrelacés, têtes humaines et masques grimaçants ornent les chapiteaux. Le clocher porte aussi des sculptures représentant une scène de chasse.
  • Une autre Vierge aujourd’hui. L’église abrite une Vierge à l’Enfant en bois polychrome du XVIIe siècle. Détail rare : l’Enfant tient un oiseau, allusion à un évangile apocryphe où Jésus enfant donne vie à des oiseaux d’argile.
  • Un motif familier. La statue qui refuse d’être déplacée et revient d’elle-même est l’un des récits de fondation les plus répandus pour les sanctuaires mariaux. La punition de la statue, en revanche, est beaucoup plus rare.

Sur place

Agonges se trouve à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Moulins. L’église est ouverte tous les jours en visite libre, de 9 h à 16 h, et jusqu’à 18 h d’avril à septembre. Prenez le temps d’observer les chapiteaux et la Vierge à l’oiseau. Et en sortant, si vous croisez un vieil ormeau à l’entrée du village… n’en cassez pas une branche.

Sources

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