Autrefois, en Savoie, les plantes ne servaient pas qu’à soigner. Certaines portaient malheur, d’autres jetaient des sorts, d’autres encore les défaisaient. Il en reste une méfiance tenace autour de certaines fleurs, qu’il ne faut toujours pas offrir, sans que personne sache bien pourquoi.
Il y avait la verveine, herbe sacrée depuis l’Antiquité, dont on prêtait mille vertus secrètes. Sur les chemins pierreux poussait l’hippocrépis, qu’on disait capable de déferrer les mulets qui marchaient dessus. Et les sorciers frottaient les seuils et les chaudrons de leurs voisins avec l’orchis noir : le lendemain, le lait des vaches tarissait sous les yeux du fermier.
Contre les sortilèges, on avait aussi ses remèdes. L’asperge bâtarde et le safran passaient pour dénouer les aiguillettes nouées, ce sort qui rendait un jeune marié impuissant. Et dans les arrière-boutiques d’Albertville, certaines matrones vendaient à prix d’or une poudre écarlate tirée de la primevère rouge des rochers. Elle devait rendre aux jeunes filles « égarées » la vertu qu’elles avaient perdue.
Ces savoirs se sont presque tous perdus. Mais ils ont laissé des traces dans les récits, dans les noms des plantes, et dans ces petites superstitions qu’on respecte encore sans savoir d’où elles viennent.
Ces plantes se rencontrent encore dans les pelouses sèches et les rocailles des Alpes savoyardes. Attention : en Savoie, la cueillette de nombreuses plantes sauvages de montagne est strictement réglementée. Mieux vaut les photographier que les mettre dans un chaudron.