Dans le Jura, au bord de la Loue, le village de Chamblay se méfie d’une créature qui ne se montre presque jamais : le cheval Gauvin.
Les nuits sans lune, on entend résonner ses sabots sur les vieux chemins. Ceux qui l’ont aperçu ne s’accordent pas sur son apparence : on le dit parfois boiteux, à trois pattes, parfois plus proche d’un bouc que d’un cheval. Il longe les rivières, enveloppé de brume.
Une femme de Chamblay le rencontra un jour. Il lui parut tout à fait ordinaire, un brave cheval sans maître. Elle s’approcha, puis, par curiosité, monta sur son dos. À peine était-elle en selle qu’il bondit et plongea dans la Loue. Elle en ressortit, mais ne se remit jamais de son effroi ni du froid, et mourut peu après.
On raconte aussi qu’un homme de Chamblay voulut en avoir le cœur net. Il se posta un soir sur le chemin du cheval. Il entendit les fers approcher… mais ne vit rien. Seulement, il sentit les coups cinglants d’une cravache invisible. Il n’eut plus jamais envie de guetter le Gauvin.
Chamblay se trouve dans la basse vallée de la Loue, non loin de la forêt de Chaux et de Dole. Les berges de la rivière offrent de belles promenades. Mais si un cheval sans maître vient vers vous au bord de l’eau, ne cédez pas à la tentation de monter sur son dos.