Illustration des traditions de protection du bétail contre les sorciers, aux Fourgs (Doubs)

Le récit

Dans les montagnes du Haut-Doubs, les éleveurs ont longtemps vécu avec une peur sourde : celle des sorciers qui s’en prenaient aux bêtes. Une vache qui ne donne plus de lait, un veau qui dépérit, un troupeau qui s’affole sans raison : on savait qui accuser. Mais on savait aussi comment se défendre.

Aux Fourgs, on perçait de petits trous dans les cornes des vaches et on y glissait un peu de cire du cierge pascal, bénie lors de la veillée de Pâques. Chaque fois que la bête se penchait pour boire, ses cornes bénites se reflétaient dans l’eau de l’abreuvoir et tenaient les mauvais esprits à distance.

Les sorciers du pays n’étaient pas les seuls à inquiéter. Les Suisses, de l’autre côté de la frontière, avaient eux aussi la réputation de jeteurs de sorts. Leurs fromagers surtout faisaient naître la méfiance : ils maîtrisaient l’art de changer le lait en fromage, et un savoir-faire aussi mystérieux sentait un peu le soufre.

Restait une nuit particulière : la nuit de la Saint-Jean, quand la magie est la plus forte. Cette nuit-là, le berger parcourait les sentiers avec une branche de sapin ornée de fleurs. Il la clouait sur la porte de l’étable pour la protéger.

Au matin, chaque bête du troupeau rentrait à la ferme avec une branche semblable posée sur le front. Le berger avait paré chacune d’elles d’un charme protecteur. En remerciement, il recevait des étrennes.

Ce que disent les archives

  • Le pouvoir du cierge pascal. La cire du cierge pascal, béni pendant la veillée de Pâques, était l’un des objets protecteurs les plus utilisés dans les campagnes. On en gardait des morceaux contre la foudre, la maladie et les sorts. On en marquait aussi les portes et les bêtes.
  • La Saint-Jean, nuit des herbes et des sorciers. La nuit du 23 au 24 juin était réputée propice aux maléfices comme aux protections. On allumait les feux de la Saint-Jean, on cueillait les herbes magiques, et dans les régions d’élevage on y pratiquait de nombreux rites pour protéger les troupeaux à l’approche de l’estive.
  • Une région de sorciers. La Franche-Comté et le Jura voisin ont connu une chasse aux sorcières particulièrement violente aux XVIe et XVIIe siècles. Henri Boguet, grand juge de la terre de Saint-Claude, en fut l’un des acteurs les plus redoutés. Les accusations portaient très souvent sur les bêtes et le lait.
  • À vérifier. Nous n’avons pas retrouvé la source précise des coutumes des Fourgs. Si vous la connaissez, écrivez-nous.

Sur place

Les Fourgs, à plus de 1 100 mètres d’altitude, est l’un des plus hauts villages du Doubs, tout contre la frontière suisse. Prés-bois, fermes comtoises aux grands toits et troupeaux de montbéliardes : le décor n’a pas tant changé. On y fait toujours du comté, et l’on se méfie peut-être encore un peu des fromagers d’en face.

Pour aller plus loin

image