À Strasbourg, juste en face de la cathédrale, se trouvait autrefois une vieille maison. Et dans cette maison, un puits : le Kindelsbrunnen. On disait qu’il communiquait avec un lac souterrain rempli de soufre et de bitume, un marais infernal dont personne ne connaissait l’étendue. Ceux qui avaient tenté d’en explorer les galeries n’étaient jamais remontés.
Sous le règne de Louis XIV, un soldat voulut tenter sa chance. Il descendit, et sa silhouette s’effaça peu à peu dans le noir. Bientôt, des murmures montèrent du puits, puis des plaintes. Pendant deux jours entiers, la ville entendit gémir le soldat.
Puis, d’une voix brisée par la terreur, il lança un dernier cri : « Au nom du ciel, bouchez ce puits ! Et que nul homme ne suive jamais mon funeste exemple ! »
Les habitants obéirent. Le puits fut scellé, et l’on finit par en oublier l’emplacement exact. Mais certains soirs, près de la cathédrale, des passants disent encore entendre des grondements et des lamentations qui montent des profondeurs. D’autres parlent de lueurs fugaces, comme des feux follets, au ras des pavés.
Le parvis de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg et les ruelles qui l’entourent gardent leur atmosphère médiévale, surtout le soir quand la foule se disperse. Aucun puits n’y est signalé aujourd’hui. S’il existe encore, il est bien bouché.