Illustration de la légende des nains du Hohneck et du secret du munster, dans les Vosges

Le récit

Sur les hauteurs du massif des Vosges, autour du Hohneck, les chaumes s’étendent à perte de vue. Les randonneurs d’aujourd’hui y voient des pâturages paisibles. Les anciens, eux, savaient qu’on n’y était jamais tout à fait seul.

Les nuits d’été, quand la lune baignait les alpages d’une lumière laiteuse, des fées venaient danser en cercle sur l’herbe, portées par une musique que seuls quelques-uns prétendaient entendre. Mais les plus étonnants habitants de la montagne vivaient sous terre, au cœur du Kerbholz, au-dessus de Soultzeren : des nains.

Pas des créatures grincheuses comme dans certains contes. Ceux-là étaient connus pour leur bonté. Pendant la saison d’estive, quand les marcaires, ces vachers des Hautes-Vosges, montaient leurs troupeaux dans les fermes d’altitude, les nains amenaient leurs propres vaches, robustes et luisantes, dans les étables. Et ils fabriquaient du fromage. Pas n’importe lequel : un munster si fin qu’il surpassait celui des meilleurs marcaires.

La nuit, ils descendaient en silence dans la vallée. Pas pour voler. Ils s’arrêtaient devant les maisons des plus pauvres et y déposaient du beurre frais et des tartines de fromage, sans jamais se montrer ni rien demander en retour.

Aujourd’hui, plus personne ne les voit. Pourtant, certaines nuits d’été, des promeneurs jurent avoir entendu des rires légers portés par le vent… et senti, fugace, l’odeur d’un munster d’autrefois.

Ce que disent les archives

  • Une légende consignée en 1852. L’histoire des nains du Kerbholz figure dans le grand recueil de légendes alsaciennes d’August Stöber, publié en 1852 et réédité en 1896. Elle y est située près de Soultzeren, dans la vallée de Munster.
  • Une saison d’estive précise. Selon le texte de Stöber, les marcaires occupaient les fermes d’altitude du 1er mai à la fin septembre. C’est pendant cette période que les nains venaient traire et fromager à leurs côtés.
  • Un fromage né dans les abbayes. Le munster tire son nom de la ville de Munster, où des moines bénédictins en fabriquaient dès le Moyen Âge. Il bénéficie d’une appellation d’origine depuis 1969.
  • Des cousins dans toute l’Europe. Les petits êtres qui travaillent en secret pour les humains, à condition de ne pas être vus, se retrouvent de la Rhénanie aux Alpes, comme les célèbres Heinzelmännchen de Cologne.

Sur place

Le Hohneck culmine à 1 363 mètres, sur la route des Crêtes. Le Kerbholz (1 074 m), au-dessus de Soultzeren, se rejoint par plusieurs sentiers balisés. En chemin, arrêtez-vous dans une ferme-auberge pour goûter un munster fermier : s’il vous paraît exceptionnel, vous saurez peut-être pourquoi.

Sources

image