Sur les hauteurs du massif des Vosges, autour du Hohneck, les chaumes s’étendent à perte de vue. Les randonneurs d’aujourd’hui y voient des pâturages paisibles. Les anciens, eux, savaient qu’on n’y était jamais tout à fait seul.
Les nuits d’été, quand la lune baignait les alpages d’une lumière laiteuse, des fées venaient danser en cercle sur l’herbe, portées par une musique que seuls quelques-uns prétendaient entendre. Mais les plus étonnants habitants de la montagne vivaient sous terre, au cœur du Kerbholz, au-dessus de Soultzeren : des nains.
Pas des créatures grincheuses comme dans certains contes. Ceux-là étaient connus pour leur bonté. Pendant la saison d’estive, quand les marcaires, ces vachers des Hautes-Vosges, montaient leurs troupeaux dans les fermes d’altitude, les nains amenaient leurs propres vaches, robustes et luisantes, dans les étables. Et ils fabriquaient du fromage. Pas n’importe lequel : un munster si fin qu’il surpassait celui des meilleurs marcaires.
La nuit, ils descendaient en silence dans la vallée. Pas pour voler. Ils s’arrêtaient devant les maisons des plus pauvres et y déposaient du beurre frais et des tartines de fromage, sans jamais se montrer ni rien demander en retour.
Aujourd’hui, plus personne ne les voit. Pourtant, certaines nuits d’été, des promeneurs jurent avoir entendu des rires légers portés par le vent… et senti, fugace, l’odeur d’un munster d’autrefois.
Le Hohneck culmine à 1 363 mètres, sur la route des Crêtes. Le Kerbholz (1 074 m), au-dessus de Soultzeren, se rejoint par plusieurs sentiers balisés. En chemin, arrêtez-vous dans une ferme-auberge pour goûter un munster fermier : s’il vous paraît exceptionnel, vous saurez peut-être pourquoi.