Illustration de la légende des lavandières de nuit des monts d'Arrée, à Brennilis (Finistère)

Le récit

Au pied des monts d’Arrée, le village de Brennilis garde une demeure qui n’a pas été bâtie pour les humains. C’est un énorme dolmen, couvert de lourdes dalles : la Maison des fées, Ti ar Boudiged en breton. Ses habitantes, disait-on, étaient de petites fées naines, qu’il valait mieux ne pas déranger.

Mais la nuit, à Brennilis, d’autres silhouettes rôdent près de l’eau : les lavandières de nuit, les kannerezed noz. Immenses, d’une maigreur effrayante, elles battent et tordent leur linge au bord des lavoirs déserts. Et du linge qu’elles essorent ne coule pas de l’eau, mais du sang.

Elles ne se contentent pas de laver. Quand un passant s’attarde, elles l’appellent pour qu’il les aide à tordre leurs draps. Mais ce drap pourrait bien être un linceul… peut-être le sien. Gare à celui qui aide de mauvaise grâce, ou qui tord le linge à contresens : les lavandières lui brisent les bras.

Ce que disent les archives

  • Un monument de 5 000 ans. Le dolmen de Ti ar Boudiged, protégé au titre des monuments historiques, remonte à environ 3000 avant notre ère. Sa chambre, longue d’environ 14 mètres et en forme de V, est rare : elle marque la transition entre les dolmens à couloir et les allées couvertes. Elle est couverte de trois très grandes dalles.
  • Des revenantes condamnées. Selon la tradition bretonne, les lavandières de nuit sont des défuntes ensevelies dans un linceul sale, condamnées à le laver sans fin jusqu’à leur délivrance. On les croise le soir près d’un lavoir ou d’un ruisseau, parfois la veille de la Toussaint.
  • Des bras brisés. Les auteurs anciens, de Jacques Cambry à la fin du XVIIIe siècle à Émile Souvestre en 1845, rapportent qu’elles cassent les bras de ceux qui les aident de mauvaise grâce. Le détail du linge à tordre « dans le même sens » vient, lui, d’une variante lyonnaise de la légende.
  • Les monts d’Arrée, terre de légendes. Avec leurs landes, leurs tourbières et le Yeun Elez, réputé être une porte des enfers, les environs de Brennilis comptent parmi les paysages les plus chargés de légendes de Bretagne.

Sur place

Le dolmen se trouve à la sortie nord du bourg de Brennilis : prenez la D36 vers le nord sur environ 400 mètres, puis tournez à droite vers Bellevue. Un petit parking et une aire de pique-nique sont aménagés. Le monument est fragile et a déjà été dégradé : respectez-le. Et si, au retour, vous passez près d’un lavoir à la tombée de la nuit… ne répondez pas si l’on vous appelle.

Sources

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