Audierne, petit port du cap Sizun, a donné son nom à toute la baie qui s’étire de la pointe de Lervily jusqu’à Saint-Guénolé. Sur ces longues grèves balayées par les courants, la mer rend parfois ce qu’elle a pris. Les noyés finissent sur le sable, et les histoires suivent les noyés.
À l’heure où le soleil plonge dans l’océan, un navire illuminé apparaît au large. Personne sur le pont, aucune silhouette à la barre. Pourtant, dans la brume, on entend grincer des avirons. C’est le Bag Noz, la « barque de nuit ».
À son commandement, dit-on, se tient le premier mort de l’année. Et son visage annonce la suite. Si le capitaine est un vieillard, ce sont les enfants que la mort viendra chercher dans les douze mois. S’il est un enfant, ce sont les anciens qui partiront.
Certains disent avoir vu la barque glisser sur l’eau sans la toucher. D’autres jurent avoir entendu, porté par le vent, des pleurs d’âmes perdues. Alors, quand le crépuscule tombe sur le port, les pêcheurs pressent le retour. Les enfants scrutent l’horizon. Les vieux, eux, savent déjà pour qui la barque pourrait venir.
Les grandes plages de la baie, de Plouhinec à Penmarc’h, se parcourent à pied par le sentier côtier. Au coucher du soleil, depuis la pointe de Lervily ou les dunes, l’horizon prend volontiers des airs de fin du monde. Le Bag Noz, lui, n’a pas d’horaires.