Au fond du haut Morvan, entre Arleuf et Lavault-de-Frétoy, une masse de granit affleure sous les arbres. On l’appelle le « Pas de l’Âne ». Sa surface est criblée de creux et de figures que personne n’a jamais su lire.
Pour les paysans des environs, l’explication allait de soi : la roche était la table des fées. Chaque creux était une de leurs écuelles, sauf un, plus allongé, qui leur servait de louche.
Mais les fées n’étaient pas seules à hanter ces bois. Aux carrefours perdus du haut Morvan, quand sonne minuit, passe la « Chasse de saint Hubert », qu’on nomme aussi les « Peuts ». Un vacarme déchire la nuit. Un chien famélique hurle, poursuivi par une silhouette gigantesque. Qui voit passer cette procession n’a pas envie de la revoir.
Un soldat de passage à Arleuf voulut en avoir le cœur net. Il ne croyait pas aux peurs de village, mais il prit tout de même ses précautions : un bâton de coudrier, le bois qui protège. Et, chose étrange, il emmena avec lui un jeune enfant qu’on lui avait confié.
À minuit, ils atteignirent la croix de la Chaunie de la Justice. Le soldat traça un cercle autour d’eux avec son bâton, puis le planta droit vers le ciel. Le silence tomba. Puis la terre trembla sous un fracas infernal, et le chien maudit s’abattit sur le bâton dressé.
Le soldat et l’enfant disparurent dans un éclair. Les uns disent qu’ils s’enfoncèrent sous terre, les autres qu’ils se dissipèrent en brume. On ne les a jamais revus.
Les anciens avaient leur idée sur ce chien. Ce serait un seigneur, condamné à errer pour avoir chassé un Vendredi saint, et qui court encore en attendant son pardon.
La pierre se trouve en forêt, en plein Parc naturel régional du Morvan. Plusieurs sentiers de randonnée balisés partent d’Arleuf. Les gravures se lisent mieux en lumière rasante, tôt le matin ou en fin de journée. Minuit, en revanche, n’est pas recommandé.