Le récit

Dunkerque est une ville de vent. Il siffle dans les rues, se glisse sous les portes et descend, dit-on, jusque dans les souterrains qui courent sous la vieille ville. Les nuits de tempête, les Dunkerquois juraient y entendre autre chose que le vent.

Tout commence à la Révolution. Le couvent des Capucins est vendu, et son nouvel acquéreur n’a rien pour plaire aux gens du quartier. La nuit, on le voit errer seul dans les bâtiments vides, un falot à la main, comme s’il cherchait quelque chose. Un souterrain relie sa maison à l’ancien couvent. Un soir, la galerie s’effondre sur lui.

Il ne quitte pas les lieux pour autant. Longtemps, on raconte que son fantôme rôde encore dans les caves des Capucins, avec la même lueur au poing. Les apparitions ne cessent qu’en 1826, le jour où l’on bouche les caves.

D’autres ombres sont restées. Quand le vent s’engouffre dans les souterrains de la ville, ce sont des voix que l’on entend : des fantômes en robe de bure, des religieux martyrisés pendant la Révolution pour la plupart, qui chantent la complainte des Trépassés.

Au milieu du XIXe siècle, enfin, le jardin du musée de la ville devient le théâtre d’un phénomène que personne n’explique. Chaque matin, une trace de roue, très nette, traverse les allées jusqu’au pied d’un ancien couvent de la fin du XVIIe siècle. On fait surveiller le jardin. Personne ne voit rien. Mais au matin, la trace est là. On finit par murmurer le nom de la coupable : une dame noire, le fantôme d’une religieuse enterrée en ce lieu, qui pousse sa brouette dans la nuit. En 1863, le jardin est ouvert au public. La dame noire ne fait plus jamais parler d’elle.

Ce que disent les archives

  • Trois récits, une même ville. La tradition dunkerquoise réunit l’acquéreur enseveli, les moines chanteurs et la dame noire. Tous trois ont pour décor les anciens couvents de la ville et le sous-sol qui les reliait.
  • Des couvents vendus. À la Révolution, les biens de l’Église sont nationalisés puis vendus. Beaucoup d’acquéreurs de ces « biens nationaux » furent mal vus de leurs voisins : la légende de l’homme au falot en garde la trace.
  • Une ville meurtrie. La tour du Leughenaer, bâtie vers 1400, est le plus ancien monument de Dunkerque. Le beffroi, élevé en 1440, était le clocher de l’église Saint-Éloi, dont la façade porte encore les impacts des guerres.
  • À vérifier. Nous n’avons trouvé aucune source en ligne qui situe précisément le couvent des Capucins ni le jardin du musée ouvert en 1863. Si vous les connaissez, écrivez-nous.

Sur place

Partez de la tour du Leughenaer, la « tour du menteur », dernier vestige des remparts bourguignons. Rejoignez ensuite le beffroi Saint-Éloi et l’église voisine, dont la façade criblée raconte les sièges de la ville. Et si, une nuit de tempête, le vent semble fredonner sous vos pieds, ne cherchez pas la bouche d’égout d’où vient le chant.

Sources

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