Le récit

Le seigneur Anselin, de la maison de Faux, marquis d’Hyères, avait tout, sauf un héritier. Il pria saint Honorat et fit le pèlerinage des îles de Lérins, face à Cannes. Bientôt, sa femme lui donna un fils. On le nomma Déodat, « donné par Dieu ». Mais la mère mourut en couches.

Anselin se remaria et eut d’autres enfants. Sa nouvelle épouse ne supportait pas Déodat, trop doux, trop aimé. Un jour qu’il lui proposait de l’aider à s’habiller, elle courut l’accuser d’avoir voulu la séduire. Aveuglé par la colère, le seigneur fit lier son fils et le fit jeter à la mer.

Dès le lendemain, le remords le rongeait. Il fit chercher le corps pour lui donner une sépulture. En vain. Quand sa femme finit par avouer son mensonge, Anselin n’eut plus qu’une idée : retrouver son fils, mort ou vif. Il errait sur le rivage quand un moine s’approcha. Anselin lui confia tout. Le moine l’entraîna vers l’eau, ouvrit la mer d’un coup de rameau d’olivier et le conduisit dans une grotte. Déodat y dormait, vivant.

Ramené sur la terre ferme, l’enfant raconta qu’au moment où on l’avait jeté aux flots, un moine de Lérins l’avait recueilli et porté dans la grotte. Le père et le fils partirent ensemble pour Lérins. Au monastère, devant un portrait, ils reconnurent le moine. C’était saint Honorat, mort depuis bien longtemps. Déodat ne repartit pas : il prit l’habit, et resta à Lérins.

Ce que disent les archives

  • Un saint bien réel. Honorat fonde au début du Ve siècle une communauté de moines sur la plus petite des îles de Lérins, qui porte aujourd’hui son nom. Il devient ensuite évêque d’Arles, où il meurt vers 430.
  • Une légende en vers. À la fin du XIIIe siècle, le moine Raimon Féraut met en vers provençaux la vie et les miracles du saint dans La Vida de sant Honorat. A.-L. Sardou en a publié une analyse et des extraits traduits en 1858.
  • Un prénom qui dit tout. Déodat vient du latin Deodatus, « donné par Dieu » : le nom même de l’enfant rappelle qu’il est né d’un vœu.
  • Seize siècles de prière. L’île Saint-Honorat abrite toujours une abbaye. Une vingtaine de moines cisterciens y vivent, et Lérins est la maison mère de leur congrégation.
  • À vérifier. Nous n’avons pas pu confirmer en ligne que l’histoire de Déodat figure dans la Vida de Raimon Féraut. Si vous avez le texte sous la main, écrivez-nous.

Sur place

Des navettes partent du port de Cannes pour l’île Saint-Honorat. On y fait le tour de l’île à pied, entre pins, vignes et chapelles, jusqu’à l’abbaye et au vieux monastère fortifié qui regarde la mer. En longeant le rivage, jetez un œil aux grottes que creuse la vague : on ne sait jamais qui y dort.

Sources

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