Le seigneur Anselin, de la maison de Faux, marquis d’Hyères, avait tout, sauf un héritier. Il pria saint Honorat et fit le pèlerinage des îles de Lérins, face à Cannes. Bientôt, sa femme lui donna un fils. On le nomma Déodat, « donné par Dieu ». Mais la mère mourut en couches.
Anselin se remaria et eut d’autres enfants. Sa nouvelle épouse ne supportait pas Déodat, trop doux, trop aimé. Un jour qu’il lui proposait de l’aider à s’habiller, elle courut l’accuser d’avoir voulu la séduire. Aveuglé par la colère, le seigneur fit lier son fils et le fit jeter à la mer.
Dès le lendemain, le remords le rongeait. Il fit chercher le corps pour lui donner une sépulture. En vain. Quand sa femme finit par avouer son mensonge, Anselin n’eut plus qu’une idée : retrouver son fils, mort ou vif. Il errait sur le rivage quand un moine s’approcha. Anselin lui confia tout. Le moine l’entraîna vers l’eau, ouvrit la mer d’un coup de rameau d’olivier et le conduisit dans une grotte. Déodat y dormait, vivant.
Ramené sur la terre ferme, l’enfant raconta qu’au moment où on l’avait jeté aux flots, un moine de Lérins l’avait recueilli et porté dans la grotte. Le père et le fils partirent ensemble pour Lérins. Au monastère, devant un portrait, ils reconnurent le moine. C’était saint Honorat, mort depuis bien longtemps. Déodat ne repartit pas : il prit l’habit, et resta à Lérins.
Des navettes partent du port de Cannes pour l’île Saint-Honorat. On y fait le tour de l’île à pied, entre pins, vignes et chapelles, jusqu’à l’abbaye et au vieux monastère fortifié qui regarde la mer. En longeant le rivage, jetez un œil aux grottes que creuse la vague : on ne sait jamais qui y dort.