Le récit

À Bucy-le-Long, au-dessus de l’Aisne, la noce ne filait pas tout droit de l’église au banquet. Le cortège faisait d’abord un détour, jusqu’à un grand monolithe que tout le village connaissait : la Pierre de la Mariée.

La jeune épousée y grimpait, dans sa robe de noce, jusqu’au sommet. Là, elle s’asseyait sur un sabot. Puis elle se laissait glisser, sur un seul pied, le long de la pente. En bas, toute la noce retenait son souffle.

Car chaque descente avait un sens. Arrivait-elle en bas facilement ou avec peine ? Par le milieu, par la droite, par la gauche ? De tout cela, les anciens tiraient leurs conclusions sur la « pureté » de la mariée.

Il y avait pire. Parfois, le sabot se brisait en chemin. Alors la noce entière éclatait : « Elle a cassé son sabot ! » Le marié, déconfit, n’avait pas besoin qu’on lui fasse un dessin.

La coutume aurait duré jusqu’à la Révolution. Puis la pierre a disparu, ou s’est affaissée dans la terre. Elle dormirait encore quelque part dans un bois, près du cimetière.

Ce que disent les archives

  • Une coutume signalée en 1932. Le rite de la Pierre de la Mariée a été relevé par une revue de folklore en 1932, à une époque où la pierre avait déjà disparu des mémoires.
  • Des pierres pour se marier. Glisser le long d’un rocher pour trouver un mari, s’assurer un enfant ou mettre à l’épreuve une jeune épouse : ces rites de « glissade » sont attestés dans plusieurs régions de France.
  • Un village très ancien. Bucy-le-Long apparaît dans une charte de l’abbaye de Prémontré en 1137. Son sol a livré un site néolithique et des nécropoles gauloises, dont des tombes de femmes inhumées sur leur char.
  • Un village rebâti. La Grande Guerre a détruit environ les deux tiers du village, décoré de la croix de guerre. L’église Saint-Martin et la chapelle Sainte-Marguerite, du XIIe siècle, sont classées monuments historiques.
  • À vérifier. L’emplacement de la Pierre de la Mariée n’est pas connu. Si vous l’avez croisée dans les bois, écrivez-nous.

Sur place

Commencez par l’église Saint-Martin, puis la chapelle Sainte-Marguerite, dans le hameau du même nom. À l’est du village se dresse la tour de l’ancien château, du XIIIe siècle. Et si, au détour d’un bois près du cimetière, vous trouvez une pierre lisse et inclinée, gardez vos sabots aux pieds.

Sources

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