Autour de Loudun, dans le Nord-Vienne, les anciens de Bauçay parlaient à voix basse d’une bête étrange : la Mantrible.
Elle avait le corps d’un écureuil, mais la taille d’un chien. Elle était vive et forte comme un diable. Et pourtant, son visage était aussi fin que celui d’une jeune fille. La nuit, ses yeux luisaient comme des vers luisants. Elle hantait le lit du Martiel et les anciens marais entre Bauçay et Niré-le-Lolent. Le jour, elle se terrait dans un souterrain, du côté de Germier.
Ses proies favorites ? Les maraudeurs, les amoureux attardés et surtout les fêtards qui rentraient trop tard des tavernes, les soirs de foire ou de dimanche. Elle fixait sur eux ses yeux de braise, et ils se mettaient à voir triple. Elle leur criait aux oreilles, sautait sur leur dos, les poussait dans les fossés pleins d’orties ou dans les ronciers. Ils marchaient sur l’herbe de la détourne, tournaient en rond, repassaient dix fois au même endroit, et ne rentraient chez eux qu’au petit matin.
Mais malheur à celui qui blasphémait de colère. La Mantrible lui sautait à la gorge et le vidait de son sang. Puis elle retournait dormir dans son antre pendant des semaines. À l’inverse, quand elle croisait un homme juste, elle lui sifflait un air joyeux, et il rentrait chez lui plein d’une vigueur nouvelle.
Loudun, perchée sur sa butte, se visite pour sa tour carrée, son centre ancien et ses églises. Les hameaux et la campagne alentour, vers Bauçay, se parcourent à pied ou à vélo. Rentrez avant la nuit… et si vous vous mettez à tourner en rond, regardez où vous posez les pieds.