Illustration de la légende de la Mantrible, la bête des fêtards attardés, près de Loudun (Vienne)

Le récit

Autour de Loudun, dans le Nord-Vienne, les anciens de Bauçay parlaient à voix basse d’une bête étrange : la Mantrible.

Elle avait le corps d’un écureuil, mais la taille d’un chien. Elle était vive et forte comme un diable. Et pourtant, son visage était aussi fin que celui d’une jeune fille. La nuit, ses yeux luisaient comme des vers luisants. Elle hantait le lit du Martiel et les anciens marais entre Bauçay et Niré-le-Lolent. Le jour, elle se terrait dans un souterrain, du côté de Germier.

Ses proies favorites ? Les maraudeurs, les amoureux attardés et surtout les fêtards qui rentraient trop tard des tavernes, les soirs de foire ou de dimanche. Elle fixait sur eux ses yeux de braise, et ils se mettaient à voir triple. Elle leur criait aux oreilles, sautait sur leur dos, les poussait dans les fossés pleins d’orties ou dans les ronciers. Ils marchaient sur l’herbe de la détourne, tournaient en rond, repassaient dix fois au même endroit, et ne rentraient chez eux qu’au petit matin.

Mais malheur à celui qui blasphémait de colère. La Mantrible lui sautait à la gorge et le vidait de son sang. Puis elle retournait dormir dans son antre pendant des semaines. À l’inverse, quand elle croisait un homme juste, elle lui sifflait un air joyeux, et il rentrait chez lui plein d’une vigueur nouvelle.

Ce que disent les archives

  • L’herbe de la détourne. Dans de nombreuses régions de France, on croyait à une « herbe qui égare », que l’on appelait aussi herbe d’égarement : celui qui marchait dessus perdait son chemin et tournait en rond toute la nuit. C’était une explication commode pour les retours tardifs des fêtards.
  • Les bêtes des nuits de foire. Les créatures qui s’attaquent aux buveurs attardés sont fréquentes dans le folklore. Elles avaient une fonction morale évidente : rentrer à l’heure, ne pas trop boire, ne pas jurer.
  • Loudun et le diable. La ville est surtout célèbre pour l’affaire des possédées de Loudun, au XVIIe siècle, qui conduisit au bûcher le prêtre Urbain Grandier en 1634. Une histoire qui a durablement marqué l’imaginaire de la région.
  • À vérifier. Nous n’avons trouvé aucune source en ligne sur la Mantrible. Si vous savez d’où vient ce récit, écrivez-nous.

Sur place

Loudun, perchée sur sa butte, se visite pour sa tour carrée, son centre ancien et ses églises. Les hameaux et la campagne alentour, vers Bauçay, se parcourent à pied ou à vélo. Rentrez avant la nuit… et si vous vous mettez à tourner en rond, regardez où vous posez les pieds.

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