C’était au temps de la récolte du maïs. Une servante de la maison Inhurria travaillait encore quand la nuit tomba. Une voix lui parvint dans l’obscurité. Un jeune homme, qu’elle ne voyait pas bien, lui fit un étrange marché : elle irait rechercher un râteau oublié au fond des champs, et il lui donnerait une pièce d’or.
Elle accepta. Elle traversa les champs sous la lune, retrouva le râteau et revint. Mais le jeune homme l’accueillit d’un juron : « Debriak craman bazintza ! », « Que le diable t’emporte ! » Aussitôt, une force invisible la souleva de terre et l’emporta dans les airs comme un fétu.
Elle dériva longtemps au-dessus de la montagne, jusqu’à survoler la chapelle d’Iraty, dédiée au Saint-Sauveur. Alors, du fond de sa terreur, elle se tourna vers la statue du Sauveur et pria de toutes ses forces.
Les forces qui la tenaient lâchèrent prise. La servante fut déposée sans une égratignure au pied de la chapelle. Depuis, dit-on, les gens de Beyrie y montent chaque année en pèlerinage, le jour de la Fête-Dieu, en souvenir du prodige.
La chapelle se dresse sur les hauteurs, au-dessus de la forêt d’Iraty, l’une des plus grandes hêtraies d’Europe, accessible par la route des cols depuis Mendive. Croix de chemin datée de 1805, vue immense sur les crêtes : le lieu se prête au recueillement. Le brouillard y monte vite, et l’on comprend sans peine qu’on ait pu y croiser des esprits.