Illustration de la légende de la chapelle Saint-Sauveur d'Iraty et de la servante emportée dans les airs (Pyrénées-Atlantiques)

Le récit

C’était au temps de la récolte du maïs. Une servante de la maison Inhurria travaillait encore quand la nuit tomba. Une voix lui parvint dans l’obscurité. Un jeune homme, qu’elle ne voyait pas bien, lui fit un étrange marché : elle irait rechercher un râteau oublié au fond des champs, et il lui donnerait une pièce d’or.

Elle accepta. Elle traversa les champs sous la lune, retrouva le râteau et revint. Mais le jeune homme l’accueillit d’un juron : « Debriak craman bazintza ! », « Que le diable t’emporte ! » Aussitôt, une force invisible la souleva de terre et l’emporta dans les airs comme un fétu.

Elle dériva longtemps au-dessus de la montagne, jusqu’à survoler la chapelle d’Iraty, dédiée au Saint-Sauveur. Alors, du fond de sa terreur, elle se tourna vers la statue du Sauveur et pria de toutes ses forces.

Les forces qui la tenaient lâchèrent prise. La servante fut déposée sans une égratignure au pied de la chapelle. Depuis, dit-on, les gens de Beyrie y montent chaque année en pèlerinage, le jour de la Fête-Dieu, en souvenir du prodige.

Ce que disent les archives

  • Une chapelle de montagne. La chapelle Saint-Sauveur d’Iraty se trouve sur la commune de Mendive (Pyrénées-Atlantiques). Mentionnée dès les XIIe et XIIIe siècles sous le nom de Sanctus Salvador, elle est d’origine romane. Une restauration importante, menée par le curé Jean Oxoby-Indart, s’acheva en 1727. Elle servait d’étape aux pèlerins de Saint-Jacques.
  • La même histoire, un autre nom. La tradition rattachée à la chapelle parle d’une jeune femme, Xaindia, sortie de nuit chercher une houe. Des esprits démoniaques l’emportèrent dans les airs, et c’est en priant au-dessus de la chapelle qu’elle fut déposée à terre. C’est notre servante, à quelques détails près.
  • Le diable en montagne. Le lieu est entouré d’autres légendes. On y voyait une statue de saint Michel terrassant le dragon. Un chandelier d’or ayant appartenu au Basajaun, le « seigneur sauvage » des forêts basques, serait devenu noir lorsque des Espagnols incendièrent la chapelle.
  • Le juron. La formule en basque est reprise telle que nous l’avons reçue. En basque standard, on écrirait plutôt Deabruak eraman bazintza.
  • À vérifier. La documentation consultée situe le grand pèlerinage annuel à l’Ascension et non à la Fête-Dieu. Le lien avec la maison Inhurria et le village de Beyrie reste aussi à confirmer. Si vous connaissez la tradition locale, écrivez-nous.

Sur place

La chapelle se dresse sur les hauteurs, au-dessus de la forêt d’Iraty, l’une des plus grandes hêtraies d’Europe, accessible par la route des cols depuis Mendive. Croix de chemin datée de 1805, vue immense sur les crêtes : le lieu se prête au recueillement. Le brouillard y monte vite, et l’on comprend sans peine qu’on ait pu y croiser des esprits.

Sources

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