Il y a très longtemps, raconte-t-on à Béziers, un prêtre égyptien d’Héliopolis croisa la route de la Sainte Famille en fuite. Bouleversé, il abandonna ses dieux. Il s’appelait Aphrodise. Après la Passion du Christ, il partit pour la Gaule avec son compagnon de route : un chameau, lo camèl.
Il s’installa à Béziers et y prêcha. On le condamna à mort. Sa tête fut tranchée et jetée dans un puits. Mais la tête remonta. Aphrodise la ramassa, la prit sous son bras et marcha jusqu’à la ville. En chemin, il passa sur des escargots sans en écraser un seul. Des maçons qui se moquèrent de lui furent changés en pierre.
Son chameau, lui, fut recueilli par un potier. Quand il mourut, on l’empailla, et on se mit à le promener en procession. Depuis, à Béziers, le chameau revient chaque année. Immense mannequin de bois et de toile peinte, il parcourt les rues en ouvrant et refermant sa mâchoire articulée, le gnico-gnaco. Autour de lui s’agitent des « sauvages » vêtus de feuillages de sureau, des bergers qui miment des combats, et tout un cortège venu du fond des âges.
Visitez la basilique Saint-Aphrodise et sa crypte, puis guettez le calendrier des fêtes : c’est à ces occasions que le chameau sort dans les ruelles de la vieille ville. Profitez-en pour goûter une coque de Béziers. Et si vous marchez sur un escargot sans l’écraser… vous êtes peut-être sur le bon chemin.