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Widow’s Bay (2026) – Critique Série
Une île maudite de Nouvelle-Angleterre, un maire trop rationnel et des légendes qui se réveillent : Widow's Bay mêle frissons et humour pince-sans-rire.
Bienvenue sur l’île, la malédiction est offerte
Il y a des séries qu’on lance par curiosité, un soir de brume, et qu’on ne lâche plus. Widow’s Bay, c’est exactement ça. Une île perdue au large, un phare, des maisons qui ont vu passer trois siècles de tempêtes, et des habitants qui ferment les volets avant la nuit. Pas par habitude. Par prudence. Derrière, il y a Katie Dippold à l’écriture et Hiro Murai à la caméra sur la moitié des épisodes : on sent tout de suite qu’on n’est pas chez les amateurs.
À une soixantaine de kilomètres des côtes de Nouvelle-Angleterre, sans wifi et presque sans réseau, Widow’s Bay se meurt doucement. Son maire, Tom Loftis, a une idée fixe : faire venir les touristes. Les habitants, eux, ont une autre idée fixe : l’île est maudite, et il vaut mieux ne pas la réveiller. Évidemment, personne n’écoute les anciens. Les premiers visiteurs débarquent… et les vieilles histoires qu’on croyait enterrées se remettent à marcher toutes seules.
Disons-le tout de suite : l’ambiance est un régal. Le brouillard ne se lève jamais vraiment, la mer gronde en sourdine, une cloche sonne quand elle ne devrait pas. On pense à un croisement entre le Stephen King des petites villes rongées par leurs secrets, la patience inquiétante d’un John Carpenter et la lumière d’un Spielberg des années 80, avec un soupçon de Twin Peaks pour l’étrangeté. Les plans prennent leur temps, laissent les silences s’installer, et c’est souvent dans le vide du cadre que la peur se loge.
Le grand mérite de Widow’s Bay, c’est d’oser rire sans jamais casser la peur. L’humour est pince-sans-rire, à hauteur d’humains : conseils municipaux qui tournent au vinaigre, commerçants bourrus, superstitions tenues comme des règlements. Et puis, sans prévenir, la série vous glace. Le passage d’un registre à l’autre est d’une fluidité rare, et l’horreur, ici, a le bon goût de sourire de ses propres fantômes sans s’en moquer.
Côté casting, Matthew Rhys est impeccable. Son maire cartésien, un peu lâche, terriblement humain, voit ses certitudes se fissurer épisode après épisode, et on se surprend à s’attacher à ce type qui veut juste sauver son île et l’avenir de son fils. Autour de lui, une galerie de seconds rôles savoureux : Kate O’Flynn, Stephen Root et Dale Dickey en tête, tous visiblement ravis de jouer les habitants qui en savent plus qu’ils ne le disent. Sous la comédie, la série parle aussi de deuil, de solitude et de ce qu’une communauté choisit de taire.
Alors oui, tout n’est pas parfait. À force d’empiler les légendes de l’île, l’intrigue part parfois dans plusieurs directions à la fois, et ceux qui viennent chercher une terreur pure, sans clin d’œil, trouveront peut-être le rythme trop tranquille. Mais on s’en fiche un peu, parce que Widow’s Bay a autre chose : une identité. Une île qu’on a envie d’arpenter, des personnages qu’on a envie de retrouver, et ce plaisir tout simple d’une histoire étrange racontée sans esbroufe.
Bonne nouvelle : Apple TV a commandé une saison 2. Le seul vrai défaut de la saison 1, finalement, c’est qu’elle se termine. Une série qui ne fait pas que raconter une malédiction : elle vous donne envie d’y retourner.
Et si les îles maudites vous réussissent, nos côtes et nos marais ont aussi leurs fantômes : embarquez avec le Bag Noz, la barque des morts du cap Sizun, ou tendez l’oreille aux cloches de la Coque-des-Moines et sa messe engloutie.