Par temps d’orage, quand la mer se creuse au large de Noirmoutier, les gens de l’île levaient les yeux vers l’horizon. Des lueurs flottaient sur l’eau, pâles, sans aucun bateau pour les porter. Elles montaient et descendaient avec la houle, puis s’éteignaient d’un coup.
On savait ce qu’elles étaient. Les âmes du purgatoire, venues réclamer à leur famille les prières qu’on leur devait. Ou bien les marins d’un navire perdu corps et biens, le Charles-Ubine, dont le naufrage avait laissé son nom à ces apparitions : on les appelait les encharlubines.
Une nuit par an, les morts ne restaient pas au large. La nuit de la Toussaint, une procession se formait dans les dunes. Elle était si longue, disait-on, « qu’elle s’étend parfois d’un village à l’autre ». Les morts marchaient en silence entre les oyats, et le sable ne gardait pas la trace de leurs pas.
Derrière eux venaient les plus petits : les enfants morts sans baptême, et ceux que leur mère avait trop pleurés. Chacun portait une cruche. Et dans la cruche, il y avait les larmes de sa mère.
Commencez par l’église Saint-Philbert, rue du Cheminet, face à l’ancienne entrée du château : sa crypte abrite le tombeau vide du saint, ouvert à la visite tous les jours. Gagnez ensuite les dunes de l’île à la tombée du jour. Et si, un soir de Toussaint, une longue file de silhouettes passe entre les oyats, ne comptez pas les cruches.