À Montigny-le-Chartif, aux confins de la Beauce et du Perche, il y avait autrefois un étang. On l’appelait l’étang de la Fonte. Ses eaux étaient noires et immobiles, et les anciens du village baissaient la voix pour en parler. Car sous la vase, disaient-ils, dormait un trésor. Et ce trésor avait un gardien : le diable en personne.
Il n’était accessible qu’une seule nuit par an. La nuit de Noël, quand tout le village se pressait à l’église pour la messe de minuit, une porte de fer surgissait au bord de l’étang, là où la veille encore il n’y avait que des joncs. Elle s’ouvrait sur un souterrain. Et tout au fond, très loin, on voyait luire des monceaux de pièces : du billon, de l’argent, de l’or.
Le passage restait ouvert le temps de l’office, pas une minute de plus. La distance était grande, le temps compté, et le malin attendait patiemment à l’entrée. Celui qui s’attardait à remplir ses poches voyait la porte se refermer derrière lui, pour toujours. Le village en tirait sa leçon : seuls les ambitieux se laissaient prendre au piège.
Commencez par l’église Saint-Martin, au cœur du bourg : romane, coiffée d’un clocher du XVIe siècle, c’est là que les villageois assistaient à la messe pendant que la porte de fer s’ouvrait. Une boucle de randonnée de 13 km relie ensuite Montigny au château de Frazé, à travers la campagne percheronne. Et si vous croisez une porte rouillée au milieu des joncs une nuit de Noël… passez votre chemin.