À Ceaucé, dans le bocage de l’Orne, on savait à qui s’adresser quand le ciel refusait la pluie. Le village avait un protecteur : saint Ernier, gardien des eaux du ciel.
Les années de sécheresse, quand le soleil craquelait la terre, une procession s’ébranlait. Au cœur du cortège, on portait la relique du bras de saint Ernier. On se rendait jusqu’à une fontaine. Là, avec mille précautions, on plongeait dans l’eau claire un seul doigt de la relique. Un seul, surtout ! Car, disait-on, tremper la main entière aurait attiré non pas une pluie bienfaisante, mais un déluge.
Le saint avait aussi sa grande fête. Chaque lundi de Pentecôte, Ceaucé tout entier se mettait en marche pour le Grand Tour, une procession de plus de 40 kilomètres. Jusqu’en 1870, elle se poursuivait même le lendemain. Après la grand-messe, on portait les reliques jusqu’au mont Margantin et à la Croix-des-Prières, avant de revenir au bourg pour l’assemblée de l’après-midi, la Houline.
Un dicton résumait la journée, mi-pieux, mi-goguenard : « La matinée est à saint Ernier, mais la soirée est au diable. » Une fois les reliques rentrées, la fête prenait d’autres couleurs.
Ceaucé se trouve dans le sud-ouest de l’Orne, près de Domfront, dans un paysage de bocage. Commencez par l’église Saint-Ernier, qui ouvre ses portes lors des Journées européennes du patrimoine. Puis, si le temps est sec, regardez le ciel : il suffit peut-être d’un doigt…