Au Bernard, en Vendée, les chemins de nuit ne sont pas sûrs. On dit que les âmes déchues y errent sans repos, attachées aux restes de leur vie passée, et qu’elles prennent plaisir à tourmenter les voyageurs attardés. Parmi toutes ces ombres, la plus perfide est aussi la plus belle : le Cheval Mallet.
Il surgit devant ceux qui se sont égarés, une silhouette blanche, élégante, sellée et bridée. Il s’agenouille humblement, comme pour offrir son aide. Le voyageur épuisé, trop heureux de l’aubaine, monte en selle… et le cheval l’emporte dans une course folle, par-dessus les mares noires et les ruisseaux, à travers une nuit qui n’en finit pas. Au matin, il n’y a plus ni cheval ni cavalier. Ceux qui l’ont enfourché ne sont jamais revenus. Seul celui qui porte sur lui une médaille de saint Benoît, ou qui a de quoi payer le prix du voyage, peut espérer en réchapper.
Il y a pire. Au cœur des bois, on entend parfois galoper des chevaux invisibles. Leurs sabots martèlent le sol, et derrière eux résonnent les cris et les halètements des chasseurs de la Chasse Gallery.
Le seigneur qui mène cette troupe infernale paie une faute ancienne. Il est condamné à poursuivre le même cerf, sans relâche, jusqu’à la fin des temps. Ceux qui entendent passer sa course n’en parlent qu’à voix basse.
Le Bernard est surtout réputé pour ses mégalithes : dolmens et menhirs jalonnent la campagne, reliés par une boucle de randonnée balisée. Un décor tout trouvé pour les chevauchées nocturnes. Si un beau cheval blanc vous propose de vous raccompagner, déclinez poliment.