Illustration de la légende de la Bête d'Angles, l'ours de pierre du pignon de l'église (Vendée)

Le récit

Au sommet du pignon de l’église d’Angles, une bête de pierre veille. Une masse velue, pareille à un grand ours, qui contemple le bourg depuis des siècles. Les gens d’ici savent son nom : le Troussepoil.

Jadis, le vallon de Troussepoil était le repaire d’une bête noire, semblable à un ours, dont les longs poils se dressaient comme des épines. Elle aimait se baigner dans le ruisseau qui coule au fond du vallon. Elle en ressortait le poil hérissé, « troussé », et c’est de là qu’elle tiendrait son nom. Ses proies préférées étaient les femmes et les vaches, et elle en dévorait chaque jour. Les habitants n’avaient plus que leurs prières.

Les hommes d’Église défilèrent, et tous échouèrent. Le légat du pape avait embrassé une jeune fille le matin même. L’abbé de Fontaines avait bu quatre chopines de vin passé minuit. Quant à l’abbé de Talmont, il avait frappé à mort un paysan qui lui barrait la route. Aucun n’avait l’âme assez pure pour affronter la bête.

Restait le supérieur de l’abbaye d’Angles, un saint homme nommé Martin. Il pria cinq jours et cinq nuits, puis partit avec son bâton et ses signes de croix. La bête vint à lui, docile, et le suivit jusqu’au cœur du bourg comme un agneau. On chanta victoire, mais les jeunes filles ne purent tenir leur langue : « Père Martin, depuis quand êtes-vous devenu le berger du diable ? »

Martin ne répondit rien. Il hissa la bête au sommet du pignon et, d’un nouveau signe de croix, la changea en pierre. Puis il prononça sa sentence : « Désormais, ta subsistance dépendra de la beauté des filles d’Angles. » Et la légende assure que, depuis ce jour, les filles d’Angles ont perdu leur éclat.

La bête est toujours là-haut. Les soirs de pleine lune, quand la lumière accroche sa silhouette, on se demande si elle dort vraiment.

Ce que disent les archives

  • Une église plus ancienne qu’on ne le dit. L’église Notre-Dame-des-Anges associe une partie romane de la fin du XIe siècle et une partie gothique de style Plantagenêt de la fin du XIIe. Elle aurait été fondée vers 1080. Elle fut d’abord confiée à des chanoines réguliers de saint Augustin, dont le prieuré devint abbaye au XIVe siècle. Les guerres de Religion ruinèrent les bâtiments à la fin du XVIe siècle.
  • La « Malebête ». L’ours sculpté qui coiffe le pignon de la façade est connu sous les noms de Bête d’Angles ou Malebête. Il est le principal signe distinctif de l’édifice.
  • Un motif ancien. Le saint qui dompte une bête par la prière, puis l’enchaîne ou la pétrifie, est un motif courant des légendes chrétiennes : on pense à la Tarasque de sainte Marthe ou au Graoully de saint Clément. La chute moqueuse sur les filles d’Angles est une touche locale savoureuse.
  • À vérifier. L’identité historique de l’« abbé Martin » reste à confirmer, comme la datation exacte de la statue. Si vous avez une source, écrivez-nous.

Sur place

La bête se voit depuis la place, au sommet de la façade de l’église Notre-Dame-des-Anges, dans le bourg d’Angles (Vendée). Un circuit pédestre balisé, « La Bête d’Angles », permet de prolonger la visite dans la campagne alentour.

Sources

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