Au sud de Rambouillet, la vieille forêt d’Yveline couvre encore les collines. Il y a près de quinze siècles, un étrange convoi s’y est enfoncé. Un chariot tiré par des bœufs, et sur le chariot, le corps d’un saint.
Ce mort s’appelait Arnoult. Franc de la région de Reims, converti avec les siens par saint Remi, il avait servi le roi Clovis comme émissaire jusqu’à Rome et Constantinople. Le roi lui avait même donné pour épouse sa propre nièce, Scariberge. Mais les deux jeunes gens avaient fait vœu de chasteté. Ils s’étaient séparés : elle pour prier, lui pour prêcher.
Revenu à Reims, Arnoult fut assassiné. Scariberge voulut respecter son dernier vœu : reposer à Tours. Elle fit charger le corps et le convoi prit la route du sud-ouest, à travers la forêt.
Le convoi venait de dépasser Rochefort et s’enfonçait dans la forêt quand tout s’arrêta. Une force mystérieuse immobilisa l’attelage : les bœufs plantèrent leurs sabots dans la terre et refusèrent d’avancer. Rien n’y fit : le chariot ne bougea plus d’un pouce.
Scariberge comprit. Ce n’étaient pas les bœufs qui refusaient, c’était le saint. Arnoult avait choisi l’endroit de sa tombe. Il fallut l’enterrer là, au beau milieu du chemin. Sur la tombe, on bâtit une église, et des maisons vinrent se serrer autour. Le village porte encore son nom : Saint-Arnoult-en-Yvelines.
L’église Saint-Nicolas de Saint-Arnoult-en-Yvelines s’élève à l’emplacement de la sépulture. Reconstruite au XVe siècle et agrandie en 1533, elle domine le bourg avec son clocher de 114 marches. Le village s’ouvre sur la forêt de Rambouillet, héritière de l’ancienne Yveline, parcourue de nombreux sentiers. Si un jour votre voiture refuse de démarrer à la sortie du bourg, ne vous fâchez pas : quelqu’un, peut-être, a voulu vous retenir.