Illustration de la légende de saint Arnoult : l'attelage qui porte son corps s'arrête net dans la forêt d'Yveline, devant une femme en prière

Le récit

Au sud de Rambouillet, la vieille forêt d’Yveline couvre encore les collines. Il y a près de quinze siècles, un étrange convoi s’y est enfoncé. Un chariot tiré par des bœufs, et sur le chariot, le corps d’un saint.

Ce mort s’appelait Arnoult. Franc de la région de Reims, converti avec les siens par saint Remi, il avait servi le roi Clovis comme émissaire jusqu’à Rome et Constantinople. Le roi lui avait même donné pour épouse sa propre nièce, Scariberge. Mais les deux jeunes gens avaient fait vœu de chasteté. Ils s’étaient séparés : elle pour prier, lui pour prêcher.

Revenu à Reims, Arnoult fut assassiné. Scariberge voulut respecter son dernier vœu : reposer à Tours. Elle fit charger le corps et le convoi prit la route du sud-ouest, à travers la forêt.

Le convoi venait de dépasser Rochefort et s’enfonçait dans la forêt quand tout s’arrêta. Une force mystérieuse immobilisa l’attelage : les bœufs plantèrent leurs sabots dans la terre et refusèrent d’avancer. Rien n’y fit : le chariot ne bougea plus d’un pouce.

Scariberge comprit. Ce n’étaient pas les bœufs qui refusaient, c’était le saint. Arnoult avait choisi l’endroit de sa tombe. Il fallut l’enterrer là, au beau milieu du chemin. Sur la tombe, on bâtit une église, et des maisons vinrent se serrer autour. Le village porte encore son nom : Saint-Arnoult-en-Yvelines.

Ce que disent les archives

  • Un saint du VIe siècle. La tradition fait d’Arnoult (ou Arnoul) un Franc dont les parents furent convertis par saint Remi vers 496. Émissaire de Clovis, il aurait été un temps évêque de Tours. Sa Vie, recueillie au début du XVIe siècle, a été publiée en 1676 sous le titre La Vie de saint Arnoul et de sainte Scariberge.
  • Un convoi vers 535. La translation du corps et l’arrêt du chariot sont situés vers 535, près de l’ancienne frontière entre le pays des Carnutes (Chartres) et celui des Parisii.
  • Un motif bien connu. Le chariot que les bêtes refusent de tirer plus loin est l’un des grands récits de fondation des sanctuaires. Le saint « choisit » ainsi sa dernière demeure, et le lieu devient un pèlerinage.
  • Scariberge, sainte elle aussi. Selon la tradition, l’épouse d’Arnoult se retira près de la tombe. Depuis 1967, ses reliques reposent avec celles de son mari dans l’église du village. Tous deux sont fêtés le 18 juillet.
  • Le patron des maris trompés. Les anciennes peintures de l’église présentent saint Arnoult comme patron… des cocus. Une réputation inattendue pour un homme qui avait choisi la chasteté.
  • À ne pas confondre. Certains recueils de légendes font d’Arnoult un « évêque de Metz ». C’est sans doute une confusion avec saint Arnoul de Metz, évêque du VIIe siècle et ancêtre des Carolingiens, un tout autre personnage. La tradition locale le rattache à Tours.

Sur place

L’église Saint-Nicolas de Saint-Arnoult-en-Yvelines s’élève à l’emplacement de la sépulture. Reconstruite au XVe siècle et agrandie en 1533, elle domine le bourg avec son clocher de 114 marches. Le village s’ouvre sur la forêt de Rambouillet, héritière de l’ancienne Yveline, parcourue de nombreux sentiers. Si un jour votre voiture refuse de démarrer à la sortie du bourg, ne vous fâchez pas : quelqu’un, peut-être, a voulu vous retenir.

Sources

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