À Lestelle-Bétharram, au cœur du Béarn, un sanctuaire s’élève sur un rocher escarpé dominant un gouffre du Gave. L’histoire commence avec de jeunes bergers qui découvrent une statue de la Vierge dans un buisson lumineux. Les habitants tentent d’abord d’installer la Madone dans une niche plus accessible de l’autre côté de la rivière, mais la statue s’échappe systématiquement pour retrouver son rocher originel. Ils finissent par lui construire un oratoire sur le lieu même de sa découverte.
Le nom de Bétharram, qui signifie « beau rameau », provient d’un sauvetage miraculeux. Une jeune fille de seize ans, prête à se noyer dans les eaux tumultueuses du Gave, invoque la Vierge. Cette dernière lui tend une grosse branche, lui permettant de regagner la terre ferme. En signe de gratitude, la rescapée offre un rameau d’or, scellant à jamais le nom du sanctuaire.
Le site traverse des épreuves sombres, notamment son incendie par les protestants. On raconte que des chants sacrés jaillissaient des décombres pendant que les flammes dévoraient la chapelle. En 1616, l’archevêque d’Auch installe une nouvelle statue et plante une croix monumentale sur la colline. Quelques mois plus tard, un tourbillon de vent renverse la croix sous les yeux de paysans médusés, avant que celle-ci ne se relève d’elle-même, entourée d’une lumière éclatante.
Le chapelain Hubert Charpentier, témoin de la ferveur du lieu, y fonde un calvaire et dédie sa vie au sanctuaire. À sa mort en 1650, il lègue son cœur à l’église. Plus d’un siècle plus tard, en 1802, l’ouverture de son reliquaire révèle un cœur intact, sans aucune trace de décomposition. Ce prodige final achève de faire de ce rocher un lieu de pèlerinage majeur, attirant parfois plus de fidèles que le chemin de Compostelle.